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Dans presque tous les appartements anciens, il existe un recoin que personne ne sait meubler : le creux sous l’escalier, la niche à côté de la cheminée, le bout de couloir qui s’élargit, le renfoncement derrière une porte. Chez une amie nantaise, c’était une alcôve de 95 cm de large et de 55 cm de profondeur, longtemps occupée par un aspirateur et trois cartons. Elle en a fait son poste de travail en un week-end.
Ces volumes irréguliers ont un avantage rare : ils sont déjà délimités. Le travail y paraît naturellement « à part », et le reste de la pièce n’en est pas encombré. Reste à ne pas en faire un cagibi étouffant.
Mesurer le recoin comme un professionnel
Avant d’imaginer quoi que ce soit, prenez un mètre ruban et notez cinq cotes : la largeur à hauteur du plateau, la profondeur, la hauteur sous plafond ou sous la pente de l’escalier, la distance à la prise la plus proche, et l’espace libre devant. Un poste de travail confortable demande environ 90 à 100 cm de largeur, 50 à 60 cm de profondeur, et au moins 1,30 m de hauteur libre à l’endroit où se trouve la tête.
Sous un escalier, cette dernière cote est la plus piégeuse. La pente fait que l’on ne peut s’asseoir qu’au point le plus haut ; mieux vaut placer le plateau là, et réserver la partie basse à des tiroirs ou à des paniers.
Trois recoins, trois solutions
Le dessous d’escalier
Un plateau fixé sur deux tasseaux, à environ 73 cm du sol, avec en dessous un caisson roulant. Les parties où la hauteur manque accueillent des étagères en pente, taillées sur mesure par un menuisier, ou des cubes de rangement empilables qui suivent la ligne. La chaise doit pouvoir se glisser entièrement sous le plateau, sans quoi l’escalier garde son passage libre au prix d’un coude cogné.
La niche entre deux murs
C’est le cas idéal : un plateau qui touche les deux murs latéraux, scellé sur deux tasseaux fixés ou posé sur des pieds ajustés. Pour éviter de percer en location, deux petits meubles bas de chaque côté portent le plateau, à la manière d’un pont. Au-dessus, une étagère ou un panneau de liège habille le mur et sert de pense-bête.
Le bout de couloir
Un couloir de 1 m de large peut recevoir une tablette de 30 à 35 cm de profondeur sans gêner le passage, à condition de garder environ 70 cm de largeur libre. On y travaille debout ou sur un tabouret haut. C’est un poste d’appoint, pas un poste de huit heures par jour.
La lumière, souvent le point faible
Un recoin est rarement bien éclairé. Plutôt que de compter sur le plafonnier de la pièce voisine, prévoyez trois sources : une lampe de travail posée sur le plateau, une applique ou un bandeau lumineux sur batterie fixé au-dessus de l’écran, et si possible une lumière douce qui éclaire le mur du fond pour agrandir visuellement le volume.
Peindre le fond de la niche d’une couleur claire et chaude, un blanc crémeux ou un beige rosé, fait gagner de la profondeur. Une couleur plus sombre fonctionne si la niche est très lumineuse, comme un bleu pétrole sur un mur face à la fenêtre : on obtient alors un effet de cabinet de travail assumé.
Ventilation et chaleur
Un ordinateur dans un espace clos chauffe, et l’air stagne. Évitez de fermer complètement le recoin par une porte pleine sans prévoir d’aération. Un rideau de lin laisse circuler l’air tout en cachant l’écran, une porte à lamelles aussi. Gardez environ 10 cm d’espace derrière le matériel et ne couvrez pas les fentes d’aération.
Le confort avant l’esthétique
Il est facile d’oublier que l’on y passe des heures. Quelques réglages valent mieux que n’importe quelle décoration :
- un plateau à hauteur de coude, entre 72 et 75 cm, ajusté avec des cales si besoin ;
- un repose-pieds si la chaise est trop haute pour la taille du plateau ;
- un écran surélevé de quelques centimètres sur un support, pour garder la nuque droite ;
- un coussin lombaire ou un dossier réglable dans les recoins où l’on s’assoit moins bien.
Que faire du bruit et du passage
Un recoin proche de l’entrée ou de la cage d’escalier capte les sons. Un panneau acoustique en feutre fixé au mur, une moquette de tapis épais, ou simplement quelques livres sur l’étagère, absorbent l’écho. Si la niche est dans un lieu de passage, une tenture légère tirée devant protège des regards et des interruptions, ce qui compte lors des appels.
Les pièges à éviter
- Faire fabriquer un meuble sur mesure avant d’avoir testé le recoin avec des cartons.
- Oublier la prise, puis tirer une rallonge à travers le couloir.
- Négliger la trappe de visite ou le compteur dans l’escalier : ils doivent rester accessibles.
- Remplir tout le volume : un plateau seul respire mieux qu’un plateau flanqué de six boîtes.
Avant de vous lancer
- Mesurez le recoin dans les trois dimensions et notez la hauteur libre à l’endroit de la tête.
- Simulez le bureau avec des cartons et une chaise pendant une journée.
- En location, préférez les meubles bas qui portent le plateau à la fixation murale.
- Avant toute fixation sous un escalier, vérifiez qu’elle ne touche ni conduit ni gaine, et faites appel à un professionnel en cas de doute sur la structure.
- Pour la prise et l’éclairage, demandez à un électricien : un bandeau lumineux alimenté par une rallonge n’est pas une installation durable.
Un recoin bien pensé ne fait pas pitié : il fait économie. Le reste de l’appartement vous le rend.



